Une victime de viol est-elle responsable des actes de son violeur ? La justice canadienne a dit oui mais l’opinion canadienne a dit non

L’histoire est simple. Un canadien, Kenneth Rhodes, se met à avoir une pulsion sexuelle pour une femme passant dans une rue de la ville minière de Thompson (Canada – Etat du Manitoba). Plutôt que d’accepter cette pulsion comme un fantasme, il passe à l’acte et viole la jeune femme. Après l’agression, celle-ci porte plainte contre son agresseur et la justice va suivre son cours jusqu’au procès.
Après cinq ans de patience, le procès a lieu. Bien que reconnu coupable d’agression sexuelle, Kenneth Rhodes n’écope que d’une peine légère. Il devra servir la communauté pendant deux ans sous un régime de liberté conditionnelle (cela veut dire qu’il ne va pas en prison)… Mais, le pire n’est pas là.
Au cours des débats, le juge Robert Dewar, chargé de cette affaire, aurait suggéré que « le sexe était dans l’air » et aurait qualifié Kenneth Rhodes de « Don Juan maladroit qui aurait peut-être mal compris que la femme ne désirait pas de relation sexuelle avec lui. »
En outre, il aurait reproché à la jeune femme « de s’être jetée de plein gré dans la gueule du loup » du fait de son comportement et de ses vêtements qui auraient contribué à son agression. Il a noté à ce propos que « la victime était maquillée et habillée d’un vêtement dénudant ses épaules et sans soutien-gorge et qu’elle était également chaussée de talons hauts. »
Ces commentaires ont provoqué l’indignation du public à tel point qu’une manifestation s’est tenue à Winnipeg pour rappeler au juge Dewar que « non c’est non » dans les cas de viol et demander aux autorités compétentes qu’il soit démis de ses fonctions. De nombreux médias ont également repris les propos du juge attirant ainsi l’attention du Conseil canadien de la magistrature qui a indiqué vendredi dernier qu’une plainte allait être déposée.

Dans un communiqué de presse de la ministre Manitobaine, Jennifer Howard, responsable de la condition féminine, il est indiqué que « le conseil prend au sérieux l’examen de toutes les plaintes reçues » et d’ajouter « Je crains que les victimes d’agression sexuelle soient blâmées pour les crimes commis contre elles ».
Il n’en reste pas moins que la victime gardera probablement des séquelles à vie de cet acte ignoble. La société qui n’a pas été capable de la protéger lui a-elle réellement rendu justice ?

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