Faire partie ou être le géniteur d’une fratrie de plus de 150 membres, ça vous dirait ?

Hier matin, un journaliste nous rapportait, sur la matinale de Canal Plus, l’incroyable dérive des pratiques d’insémination artificielle des banques de sperme américaines qui n’hésitent pas à utiliser « sans compter » les gamètes d’un même donneur (150 fois étant le record à battre) au mépris de toute éthique biologique.
Ainsi, certains d’entre eux ont-ils découvert avec stupéfaction que leur don avait permis de faire naître plusieurs douzaines d’enfants. Interrogé par le New York Times, un homme dans cette situation témoigne :
« Quand j’ai demandé combien d’enfants pourraient naître de mon don, on m’a répondu (…) qu’il était très rare qu’un donneur ait plus de 10 enfants. » Et d’ajouter « Ce qu’ils ont fait est injuste et répréhensible pour les donneurs, les familles, les enfants. »
Mais, comment de telles informations qui, selon toute probabilité, étaient destinées à rester secrètes, ont-elles pu nous être dévoilées avec autant de facilité ?
Eh bien, tout commence en 2000, lorsque, Wendy Kramer, mère d’un garçon conçu grâce au don de sperme, crée avec son fils Ryan, le site internet The donor sibling registry (traduisible par « Le registre des fratries de donneurs ») dans le but de permettre aux donneurs et aux receveurs d’échanger des informations médicales utiles. Il faut savoir que cela est possible aux Etats-Unis car tout donneur de sperme se voit attribuer un numéro de reconnaissance communicable aux familles d’enfants nés d’un de ses dons. Par voie de conséquence, ce numéro unique permet alors d’établir un lien entre un même donneur et l’ensemble de sa descendance. Et, en 11 ans, le site a visiblement bien joué son rôle, comme le confirme Wendy Kramer au Figaro, puisque 32.000 personnes s’y sont inscrites.
Et c’est l’une d’entre elles, Cynthia Daily, qui a fait éclater le scandale en révélant au New York Times que le groupe de recherche qu’elle avait créé pour retrouver la trace des éventuels demi-frères ou demi-sœurs de son enfant comptait à ce jour 150 membres… Après enquête, le journal révèle que son cas n’est pas isolé car de plus en plus d’enfants issus d’un même donneur se retrouvent grâce à Internet en formant des groupes qui atteignent régulièrement jusqu’à 50 membres.
Face à un tel manque manque d’éthique des cliniques spécialisées et des banques de sperme, les autorités américaines commencent à s’interroger sur la nécessité de revoir le système actuellement en place. Interrogé par le New York Times, le Dr Robert G. Brzyski, président du comité d’éthique de la Société américaine de médecine reproductive, admet qu' »il faut aujourd’hui réévaluer les critères et les règles pour définir un nombre approprié d’enfants issus d’un même donneur. »
On ignore comment les enfants concernés vivent l’existence de telles fratries. « Les experts n’en parlent pas aux familles quand ils les conseillent sur les solutions à l’infertilité, » se lamente Wendy Kramer. Et d’ajouter : « Mais comment peut-on créer des liens avec autant de frères et sœurs ? Que signifie le mot ‘famille’ pour ces enfants ? »
Alors une telle situation est-elle possible en France ? Eh bien non, car le don de sperme est encadré par la loi bioéthique de 2004 (révisée en 2011) qui limite à 10 le nombre d’enfants nés d’un même donneur… En outre, ni le donneur, ni les receveurs (la famille) n’ont les moyens d’être mis en contact car toutes les étapes de la procédure sont totalement anonymes…

facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail